VERDI : LA TRAVIATA

par Maxime Ohayon Email

Verdi : Traviata
Opéra en trois actes
Livret : Francesco Maria Piave,
d’après le roman «La Dame aux Camélias» d‘A. Dumas fils


Direction : Valery Gergiev
Mise en scène : Philippe Arlaud
Choeur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg
Nouvelle Prodution
Coproduction Festspielhaus Baden-Baden / Théâtre Mariinsky de St-Pétersbourg

Regard croisé du Russe Valery Gergiev et du Français Philippe Arlaud sur l‘oeuvre qui permit à Verdi d‘accéder à la gloire universelle : «La Traviata».

Si l‘ouvrage reste aujourd‘hui encore le plus populaire de Giuseppe Verdi, c‘est parce qu‘il parle de la vie, dans ce qu‘elle a de plus noble et de plus barbare à la fois. Dans cette oeuvre-ci, le chant célèbre la passion de l‘amour autant que la violence de la mort.

«La Traviata» s’inspire du roman «La Dame aux Camélias» d’Alexandre Dumas fils. Il y conte l‘histoire vraie d’une demi-mondaine, Marie Duplessis (le «demi-monde» est une trouvaille de Dumas). Fille de concierge, elle use de ses charmes pour effectuer une fulgurante ascension dans la société jusqu’à devenir la maîtresse de Liszt. Dumas fils l‘aurait également connue intimement pendant quelques mois. Peu de temps après, minée par la maladie, Marie Duplessis, Marguerite Gautier dans le roman, complètement ruinée, meurt dans la misère et la plus grande solitude.

Verdi est impressionné par cet audacieux roman qui fait d’une femme «coupable» la seule capable, en définitive, d’abnégation et de véritable amour. Il en tirera le sujet de son opéra et Marguerite Gautier prendra alors les traits de Violetta, une femme superficielle et légère, passant sa vie à faire la fête. Entretenue par de multiples amants, elle finit un jour par tomber passionnément amoureuse de l’un d’eux. Ce qu’elle n’aurait jamais dû faire, ce qui ne lui sera jamais pardonné. Finalement, elle acceptera de se plier aux conventions sociales et, par amour, renoncera à son idylle. La dame aux camélias, malade, s’en ira alors mourir autant de maladie que d‘amour.

Cette oeuvre est un hymne à la liberté. La liberté de choisir son mode de vie sans subir le jugement hypocrite de la morale bourgeoise. Verdi, comme Dumas, se révolte contre un ordre social sacrifiant l’amour au devoir. Philippe Arlaud met cette hypocrisie sociale au centre de sa mise en scène, représentée par un énorme cube rouge en position de bascule, menaçant en permanence de tout écraser sous son poids. Il symbolise l’omniprésence du regard accusateur de la société à l’encontre de l’exclue. «Naturellement», explique Philippe Arlaud, «aujourd’hui plus personne ne se discrédite en entretenant une liaison avec une prostituée. Toutefois, la double morale de la société, dont les agissements s‘opposent à la morale officielle, s’est maintenue jusqu’à nos jours : combien d’individus n’entretiennent une relation que parce qu’ils espèrent en retirer un avantage matériel : elle aspire peutêtre à la sécurité et au confort, lui aspire à un objet de plaisir à ses côtés. Souvent, l‘amour n‘y joue aucun rôle. C‘est la forme moderne de la prostitution.»

Et si la musique de «La Traviata» sonne aussi juste, c’est parce que, comme dans le roman de Dumas, elle prend sa source dans le vécu. La première femme de Verdi et ses deux petites filles succombèrent à la phtisie. Il vécut en union libre avec sa deuxième compagne – une ancienne chanteuse qui eut une vie assez agitée – pendant dix ans, avant de consentir à l‘épouser. Cette musique justement, c’est Valery Gergiev qui la fera vivre, avec ces petits trésors mélodiques et ces chants irrésistibles qui martèlent aux tempes, comme les baisers ardents embrasent les coeurs et leur font battre la chamade.


Verdi : «La Traviata»
Opéra en trois actes
Livret : Francesco Maria Piave,
d’après le roman «La Dame aux Camélias» d‘A. Dumas fils
En coproduction avec le Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Nouvelle production
Mise en scène : Philippe Arlaud
Décors : Philippe Arlaud
Costumes : Andrea Uhmann
Lumières : Philippe Arlaud

Violetta : Irina Djoeva
Alfredo : Jevgeny Akimov
Germont : Vassily Gerello
Choeur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg
Direction : Valery Gergiev

En italien surtitré en allemand


Festival de Pentecôte Herbert von Karajan 2001
31 mai & 5 juin, 19h