Verdi : Rigoletto

par Maxime Ohayon Email

Rigoletto
Giuseppe Verdi
Melodramma en trois actes
D'après Le roi s'amuse de Victor Hugo
Livret de Francesco Maria Piave


« Rigoletto », dans l’esprit de son créateur

Ouverture du Festival de Pentecôte 04 avec une nouvelle production de Rigoletto de Verdi. Le chef Thomas Hengelbrock et le metteur en scène Philippe Arlaud se lancent un vrai défi en suivant le plus possible les intentions du compositeur.

Dans la fosse, l’orchestre joue avec des instruments datant de l’époque de la création de l’œuvre dans une tonalité plus basse, comme le voulait Verdi lui-même. Sur Scène, Philippe Arlaud, qui signe également les décors et les lumières, présente d’intenses tableaux d’une société qui se ment à elle-même et dans laquelle des êtres comme Gilda et Rigoletto deviennent les victimes de leur propre absence d’orientation. Une distribution internationale du plus haut niveau, dont le baryton Paolo Gavanelli en Rigoletto, promet aux festivaliers de suprêmes plaisirs d’opéra.

Argumentaire

Une nouvelle production de Rigoletto est au cœur du Festival 2004. Nou-velle mise en scène certes, mais aussi nouvelle –presque – partition : le chef Thomas Hengelbrock a en effet fait subir à la partition de Verdi une véri-table cure de rajeunissement qui renoue avec l’esprit du compositeur. Rigo-letto sera donné pour la première fois depuis bien longtemps sur instruments d’époque. Les recherches musicologiques menées par Thomas Hengelbrock lui permettent d’affirmer que : « l’Accompagnato à l’époque de Verdi avait une tout autre tonalité que celle à laquelle nous sommes habitués aujourd’hui. ». Pour cette nouvelle production, le travail des chanteurs comme celui des musiciens s’est imprégné des dernières trouvailles musi-cologiques de Thomas Hengelbrock. En outre, les musiciens du Balthazar Neumann Ensemble ont poussé l’authenticité jusqu’à dénicher des instru-ments du temps de Verdi et ont appris à les jouer comme à l’époque de la création de l’œuvre en 1851 à la Fenice de Venise… Les hautbois et les cor-des vont sûrement résonner d’une façon inédite !

A la recherche de la Tinta Musicale. Verdi a souvent parlé de cette fa-meuse Tinta musicale, cette sonorité qui dés les premières mesures de l’ouverture installe l’atmosphère de base d’une œuvre. Pour retrouver cette Tinta Musicale, Thomas Hengelbrock a l’intention de faire jouer les instru-ments de l’orchestre sur une tonalité plus basse que celle qui est pratiquée habituellement (un diapason à 435 hertz au lieu de 443) et il peut s’appuyer sur le maestro lui-même qui de son temps avait combattu avec ardeur cette mode venue de Rome qui imposait une tonalité de base plus haute.

Avec Rigoletto, inspiré du roman de Victor Hugo « Le Roi s’amuse », Verdi semble atteindre sa pleine maturité créatrice, maîtrise parfaite des moyens harmoniques et de l’écriture. Verdi emprunte à Hugo ses situations qui font coexister les contraires, l’intrigue balance en permanence entre la farce et la tragédie, mélange de dérisoire et de pathétique, de grotesque et de sublime.

Philippe Arlaud entend offrir un écrin scénique magnifique aux audaces musicales de Thomas Hengelbrock. Pour cette production, le metteur en scène français a choisi de situer l’action au début du 20éme siècle, « A une époque, explique-t-il, où la vision d’une société meilleure était encore possi-ble, les grandes catastrophes des guerres mondiales étaient éloignées et l’aristocratie était bien en selle ». L’idée de déplacer le Rigolette au début du 20éme siècle ouvre pour l’équipe production de nombreuses possibilités d’images. Philippe Arlaud confie qu’il s’est laissé fortement inspiré dans son travail par l’univers d’Edgard Allan Poe.

Dans la distribution, des voix expérimentées côtoient de jeunes talents. Le baryton italien Paolo Gavaneli, connu pour être un grand spécialiste de Verdi, prend en charge le rôle-titre. En 1985, il a fait ses débuts dans Don Giovani en chantant le rôle de Leporello. Il a été depuis engagé par les plus grandes maisons d’opéra du monde. Gavaneli a récemment été Falstaff sous la direction de Seiji Ozawa à l’opéra de Tokyo et il chantera à nouveaux Rigoletto dans les prochains mois à Londres (Covent Garden) et Vienne (Staatsoper). Iridé Martinez a été sacrée « Révélation de l’année » en 1998 par la revue OpernWelt. Depuis 1995, elle est liée à l’opéra de Cologne et mène une belle carrière internationale avec des rôles d’opéra et des engage-ments de concert. Cette année, la soprano née au Costa Rica va faire ses débuts à l’Opéra Bastille et à Vienne aux côtés de Placido Domingo dans l’opéra de Menotti « Goya ». Le rôle du Duc est confié à un expert du bel canto, Raoul Hernandez qui fait ses débuts au Festspielhaus de Baden-Baden. Le ténor mexicain connaît de nombreux succès aux USA et a égale-ment enthousiasmé des scènes européennes notamment à Moscou, Cologne et Dusseldorf. Il fera prochainement ses débuts dans la Traviata à Madrid.

Rigoletto est réalisé en co-production avec le Staatstheater de Mayence, les scènes de Wupperthal et le BNE – bureau qui gère les projets internationaux du Balthazar Neumann Ensemble. L’opéra de Mayence, chargé de la création des costumes, présentera cette production en janvier 2005. Les scènes de Wupperthal, chargées de la cons-truction des décors, présenteront la production en septembre 04.


Ven/Dim, 28/30 MAI 2004, 20H

RIGOLETTO
NOUVELLE PRODUCTION

Opéra de Giuseppe Verdi, Livret de Francesco Maria Piave
D’après le roman « Le Roi s’amuse"de Victor Hugo
Chanté en italien avec surtitres en Allemand

Thomas Hengelbrock, Direction Musicale
Philippe Arlaud, Mise en scène, Décors, Lumières

Balthasar-Neumann-Ensemble
Choeur du Festspielhaus Baden-Baden

Paolo Gavanelli, Rigoletto
Raúl Hernández, Il Duca di Mantova
Iride Martinez, Gilda
Mariselle Martinez, Maddalena
Alejandro Gallo, Marullo
Guido Jentjens, Sparafucile

©Maxime-Ohayon.com