Tobias Picker, Compositeur Fécond et Palpitant

par Maxime Ohayon Email

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"La contribution de Tobias Picker à la musique américaine,
à la fin du 20ème siècle, est immense …"

par Stephen M. Aechternacht, musicologue
Traduction Maxime Ohayon

Ma première rencontre avec la musique de Tobias Picker eut lieu dans un magasin de disques à Dallas, au Texas, pendant l'été 1980. Le label Composers Recordings avait alors sorti un 33 tours de musiques de chambre de Picker, et en tant que collectionneur féru de musiques nouvelles, je décidais aussitôt d'acheter le disque. Cela se passait le 29 juillet, Picker venait tout juste d’avoir 26 ans. Je reconnus tout de suite là une voix nouvelle dans le monde de la composition, que je qualifierai d'intuitive, de lyrique et ne s'embarrassant d'aucun compromis.

Peu de temps après, j'occupais la fonction d'administrateur artistique de la Houston Symphony. Le directeur musical de l'orchestre et le directeur général ne cachaient pas leur joie à l'idée de participer au nouveau programme de résidences Exxon Meet the Composer. A cette occasion, on me demanda de préparer une liste de 10 candidats potentiels, comprenant des compositeurs connus ainsi que des talents inconnus. Le nombre de candidats potentiels passa rapidement à 5 et l'on me demanda d'assembler des enregistrements reflétant le style musical de chaque finaliste. Après l'audition des enregistrements, nous nous sommes réunis tous les trois et avons fait circuler les bulletins de vote, afin de procéder à la classification des candidats. Le numéro 1 figurant sur tous les bulletins était Tobias Picker. J'appelais Tobias le lendemain, et au mois de mai 1985, il accepta de devenir le premier compositeur en résidence de la Houston Symphony que dirigeait Sergiu Comissiona, puis ensuite Christoph Eschenbach..
Pendant la longue période où il occupa cette fonction, Tobias composa, en plus de ses quatre œuvres orchestrales principales, son désormais célèbre "Old and lost Rivers" et imposa sa réputation, d'une manière durable, dans la ville de Houston.

Dans les années 70, Picker avait composé de nombreuses musiques de chambre, particulièrement impressionnantes et condensées, qu’il interpréta fréquemment lui même au piano, en concert. En 1980, son attention se porta davantage sur la musique orchestrale et il écrivit son concerto pour piano N° 1, inspiré du concerto "Empereur" de Beethoven, œuvre adorée par Picker, sur laquelle il avait travaillé lorsqu'il était enfant. Vint ensuite rapidement son concerto pour violons, sa première œuvre orchestrale qui incorporait un important changement stylistique : des touches lyriques plus importantes, le tout sur une cadence rythmée plus expansive et plus exubérante. Après la composition de sa "Symphonie n° 1" en 1982 pour Edo de Waart et le San Francisco Symphony, Picker connut un grand succès avec "Keys to the City ", son second concerto pour piano.

Composé en 1983 pour le 100ème anniversaire du Brooklyn Bridge, "Keys to the City" fut interprété en solo par Picker à l'extérieur, sous le Brooklyn Bridge, au Fulton Ferry Landing. Plus de deux millions de personnes se sont rassemblées aux abords de l'East River à New York pour entendre la retransmission simultanée assurée par cinq stations de radio.

En 1983, à l'apogée d'une période étonnamment féconde, Picker se tourna vers un nouveau genre de musique, une musique contenant un texte dramatique. "The Encantadas", très justement décrit par Picker comme un "Concerto pour Acteur et Orchestre", introduit un texte lu, tiré des essais d'Herman Melville à propos d'un groupe d'austères formations rocheuses situées dans les Iles Galapagos. Ces îles donnent lieu à un véritable concerto de sons d'oiseaux, sans oublier les bruits pesants émis par les célèbres tortues des Galapagos. Picker a conjugué musicalement tous ces éléments pour former une œuvre attendrissante, éminemment personnelle et d'une immense beauté. "The Encantadas" a connu un grand succès international, et a été traduite en allemand, japonais, espagnol, portugais et roumain.
Sir John Gielgud, qui fut l’un des plus grands comédiens shakespeariens du 20ème siècle, est le narrateur dans l'enregistrement réalisé sous la direction de Christoph Eschenbach avec la Houston Symphony (publié par Virgin Records).

Tout en continuant à composer des œuvres majeures telles que "The Rain In the Trees" , "And Suddenly It's Evening", "Four Etudes for Ursula" et un "Concerto pour Violoncelle", Picker s'intéressa de près à l'opéra durant la dernière décennie. Ce genre l'avait fortement marqué, le jour où il avait assisté à "La Fanciulla del West" (La fille du Far West) de Puccini à l'ancien Metropolitan Opera, alors qu'il était âgé de neuf ans. Son premier opéra "Emmeline", composé lors du 40ème anniversaire de l'opéra de Santa Fe en 1996, est basé sur l'histoire vraie d'Emmeline Mosher, dont l'étonnante tragédie fut chroniquée par l'écrivain Judith Rossner. La production de l’opéra de Santa Fe, ovationnée par le public, fut jouée une vingtaine de fois dans des salles pleines à craquer. Elle fut également diffusé sur la chaîne de télévision PBS. "Emmeline" fut ensuite repris par le New York City Opera, ce qui lui valut des louanges dithyrambiques dans la presse.

Son second opéra, "Fantastic M. Fox", tiré du conte de Road Dahl, fut créé à l'opéra de Los Angeles en 1998. Cette œuvre sophistiquée, captivante et spirituelle, "destinée aux enfants de 5 à 105 ans", fut, elle aussi, couronnée de succès.

La contribution de Tobias à la musique américaine, à la fin du 20ème siècle est à mes yeux immense. Il a élargi le langage musical que nous apprécions tant. Sa musique, palpitante et pleine de sens, a insufflé à notre culture musicale une fraîcheur et un sens toujours renouvelé.

Toujours jeune et résolument indépendant, Tobias Picker incarne, dans nos cœurs, un compositeur vibrant, original, éloigné des tendances et des modes. Désormais dévoué au genre lyrique, tout en continuant à explorer une grande variété de formes tonales, il cherche à définir une nouvelle esthétique sur le plan de l'organisation, misant sur une certaine audace dans l'intégration musicale. Ses efforts sont l'objet d'une attention considérable.

Stephen M. Aechternacht,
Musicologue

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Tout savoir sur An American Tragedy

- La Distribution
- Le Synopsis
- Theodore Dreiser (1871-1945)
- Le compositeur, Tobias Picker (1954-)
- Le Librettiste, Gene Scheer