Moussorgski : Boris Godounov
par Maxime Ohayon
Festival d’Opéra Mariinsky, Valery Gergiev
Moussorgski : Boris Godounov
Opéra en 4 actes et un prologue (version de 1872).
Livret du compositeur d'après la tragédie d'Alexander Pushkin et Nikolai Karamzin
Valery Gergiev, direction
Victor Kramer, mise en scène
George Tsypin, décor
Le plus russe des opéras russes
L'édition 2002 du Festival d’Opéra Mariinsky s'ouvre avec une nouvelle mise en scène, signée Victor Kramer, de « Boris Godounov ». Cette production, présentée il y a quelques semaines à La Scala de Milan, est attendue à Baden-Baden avec une impatiente fébrilité par les amateurs d'opéra.
Chef-d’œuvre incontesté de la musique russe du 19ème, « Boris Godounov » est l’incarnation même de l’opéra russe. Moussorgski, que Chostakovitch considérait comme le plus grand compositeur russe, n’était pas un musicien professionnel. « Boris » fut composé alors qu’il était employé à mi-temps dans le service des eaux et forêts
Cette fresque épique, essentiellement basé sur le roman du même nom d’Alexandre Pouchkine imprimé en 1831, est d’une indéniable perfection : écrasé par le remords, Boris, tsar de Russie a « l'âme en deuil ». La longue expérience du pouvoir n'a jamais effacé de son esprit le meurtre de l'enfant, héritier légitime du trône. Cette véritable chronique imagée de l’histoire de Russie au tournant du 17éme siècle, met en scène la crise de conscience du tsar, les loups du pouvoir que l'ambition dévore et le peuple acteur et spectateur de son propre destin. « Coulez, larmes amères » la voix déchirante de l'Innocent accuse Boris Godounov et chante les misères de la Russie éternelle.
Trop audacieuse sur le plan musical, trop explosive sur le pan politique, l’œuvre, terminée en 1869, fut rejetée par le comité de lecture du Théâtre Mariinsky. L’ouvrage put finalement être monté en 1874, sous la direction du légendaire Édouard Naparvnik. Le public fut enthousiasmé, mais la critique partagée.
Après la mort du compositeur, Rimski-Korsakov entreprit une nouvelle orchestration. En 1963, Chostakovitch proposa au Bolchoï une nouvelle édition. Valery Gergiev rend justice à l’instrumentation originale de Moussorgski et fera entendre au Festspielhaus la version « originale » de l’opéra tout en réutilisant certaines scènes de la version primitive.
©maxime-ohayon.com






01.07.02 22:58:29,